AccueilBanques italiennes : le maillon faible de la zone euro

Banques italiennes : le maillon faible de la zone euro

La faillite de Monte dei Paschi di Siena fragilise tout le système bancaire transalpin. Le spectre d’une crise pire que celle de la Grèce plane sur l’UE.

Jeudi, le titre de la banque Monte dei Paschi de Siena (BMPS) a perdu 5,79 % de sa valeur et a clôturé à la Bourse de Milan à 0,265 euro. Une descente aux affaires pour les épargnants qui ont vu l’action perdre plus de 80 % de sa valeur en 6 mois. Alors que la capitalisation de la banque siennoise dépassait 15 milliards d’euros au temps de sa splendeur, elle pèse aujourd’hui… 770 millions. Un choc. BMPS est une institution en Italie. Plus ancienne banque du monde encore en exercice – elle fut fondée en 1472 –, elle est le troisième institut de crédit du pays avec 5 millions de clients. Sa riche fondation distribuait des financements philanthropiques, du Palio de Sienne à l’équipe de basket, et donnait 25 millions à la mairie pour les bonnes œuvres.

L’achat catastrophique en 2007 de la banque Antonveneta Santander pour 13,2 milliards, 24 milliards d’euros de prêts accordés sans garanties suffisantes, des maquillages de comptes et le suicide suspect d’un cadre sont les ingrédients de cette faillite. Malgré l’annonce de la fermeture de 350 agences et le licenciement de 2 500 salariés d’ici à 2008, tout porte à croire que BMPS ne passera pas le « stress test » (test de résistance bancaire), dont les autorités européennes révéleront les résultats le 29 juillet. Le Wall Street Journal estime que la banque à deux chances sur trois de faire faillite.

La pointe de l’iceberg

BMPS n’est pourtant que la pointe de l’iceberg, car c’est tout le système bancaire transalpin qui est à risque. Il ne pèse que 52 milliards de capitalisation, la moitié du colosse anglais HSBC, et la même valeur que BNP Paribas. À part deux poids lourds, Intesa Sanpaolo et UniCredit, il est morcelé en 700 établissements de trop petite taille. Son management incompétent a dilapidé des fortunes pour satisfaire le clientélisme local. Résultat : 360 milliards d’euros de « créances douteuses », dont 200 milliards que les marchés jugent irrécupérables. Une situation que le Brexit a aggravée, car il impactera négativement l’économie réelle et que les entreprises auront du mal à rembourser leurs emprunts. Les marchés s’en sont rendu compte et le FTSE Italia All-Share Banks, l’indice des banques italiennes, a cédé 55 % de sa valeur depuis le début de l’année.

Péril économique mais également politique. L’année 2015 a été marquée par l’effondrement de quatre banques, Banca Marche, Cassa di Ferrara, CariChieti et Banca Etruria. Des milliers de petits épargnants, à qui les obligations de ces quatre instituts avaient été vendues comme des placements « de père de famille », ont été ruinés. Deux d’entre eux se sont suicidés. Or, le père de la ministre Maria Elena Boschi, numéro deux du gouvernement, était vice-président de la banque Etruria et le propre père de Matteo Renzi a bénéficié de prêts généreusement accordés. Le scandale a ébranlé l’exécutif et le président du Conseil sait qu’une faillite de BMPS entraînant la ruine des épargnants lui serait fatale.

Créances douteuses

La BCE a exigé que le Monte dei Paschi de Siena se libère de 10 milliards d’euros de créances douteuses. Une augmentation de capital de 3 milliards s’impose, mais cette somme est introuvable sur les marchés pour une banque à deux pas de la faillite. Matteo Renzi voudrait investir des fonds publics, mais le « bail in », le règlement européen adopté en 2015, le lui interdit. Le président de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem s’est empressé de le lui rappeler.

Tous les éléments d’une « tempête parfaite » sont réunis pour s’abattre sur l’économie italienne. La crise serait plus grave que celle de la Grèce et Nigel Farage a cité le système bancaire italien pour illustrer « la faillite de la zone euro ».