AccueilQuand le monde politique découvre Twitter…

Quand le monde politique découvre Twitter…

C’est un rapport passé quelque peu inaperçu, hier, entre le vrai-faux suspense sur la motion de censure et la non-candidature de Nicolas Hulot. Un rapport mené par deux sénateurs, PS et LR, pour adapter la législation aux réseaux sociaux.

L’anonymat, la profusion, l’instantanéité, rendent difficile la traque des insultes et des diffamations, écrivent en substance les auteurs du rapport.

12 ans après la création de Facebook, 10 ans après celle de Twitter, la Chambre haute s’aperçoit que la loi sur le droit de la presse, qui date de 1881, n’est peut-être pas complétement adaptée aux réseaux sociaux.

En cas de diffamation, précisément, il est compliqué de se retourner contre Twitter comme on se retournait jadis vers le directeur de la publication d’un journal – pour la bonne raison que les contenus ne sont pas vérifié a priori (avant leur publication). Le rapport préconise notamment d’étendre les délais de prescription, en matière d’injure et de diffamation. Prise de conscience tardive, mais intéressante, qui reste encore à traduire dans la loi.

La pratique des réseaux sociaux n’a pas encore infusé dans le monde politique…

On peut le dire comme ça effectivement… En témoignent les menaces de poursuites judiciaires, émises par le personnel politique contre des sites parodiques. Christine Boutin voulait ainsi poursuivre un site moqueur qui annonçait sa conversion à l’islam.

Alain Juppé, lui voulait porter plainte contre un faux tweet : une plainte pour « piratage », disait-il, avant de se rendre compte que rien n’avait été piraté :il s’agissait simplement d’un photomontage (un texte et la photo du maire de Bordeaux).

Procédures abusives ? Évidemment, le fait de porter plainte, surtout quand les faux tweets sont d’un goût douteux, est leur droit le plus strict… Mais on imaginerait mal un politique poursuivre les Guignols (même si c’est arrivé dans les années 90), ou feu le Petit Journal.

Il est vrai que les codes sur les réseaux sociaux sont subtils : le curseur n’est pas toujours évident à placer entre la diffamation, l’injure, et la caricature ou la punchline, c’est-à-dire le tacle un peu appuyé.

Les politiques ne sont d’ailleurs pas les derniers à se clasher – pardon, à pratiquer la joute.

Cette semaine, c’est un membre du gouvernement qui s’en est pris, sur Twitter, à l’un de ses collègues : Christian Eckert, le ministre du Budget a taclé publiquement Emmanuel Macron… Le motif : une sombre histoire de commande publique pour la douane, des navettes fluviales, du type, c’est moi qui passe les commandes et pas toi… Alors il y a dix ans, cela aurait fini en page 2 du Canard Enchaîné.

Bonne ambiance, en public, entre collègues du gouvernement, qui sont tous les 2 à Bercy. Finalement, vérification faite : Emmanuel Macron avait juste évoqué l’achat de ces navettes, mais ne l’avait pas concrétisé… Un petite joute publique pour rien.

Fort heureusement pour les ministres, les délais de prescription n’ont pas encore été rallongés.